Voir le mal et dire que c’est bien, c’est une affaire humaine. Les hommes le font tout le temps et c’est peut-être même la racine de leur péché : prendre pour un bien ce qui ne l’est pas et s’en rendre compte seulement après. Il y en a qui s’y trompent simplement, il y en a aussi qui le font sciemment, soit par faiblesse soit par intérêt, etc.

Mais prendre le bien pour du mal, et sincèrement, ce n’est plus humain, c’est diabolique. C’est ce qui arrive pourtant aux interlocuteurs de Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui. Ils le voient faire un miracle et leur seule conclusion, c’est que c’est par Belzébul qu’il expulse les démons. « La vérité, écrit le prophète Jérémie dans la première lecture, s’est perdue, elle a disparu de leur bouche » Ça s’appelle : voir le bien et dire qu’il est mal. Et c’est ce que fait le démon lui-même : dès le début de la création, dès Adam et Eve, il réussit à convaincre les hommes que le bien que Dieu leur fait est un mal qu’il leur veut. Dans la version de Matthieu, du même évangile (Mt 12,31-32) Jésus ajoute qu’il s’agit là d’un péché contre l’Esprit saint qui ne sera jamais remis, ni ici-bas, ni dans l’au-delà. Pourquoi ?

Eh bien, parce que celui qui prend le bien pour du mal, celui est incapable d’accueillir ce grand bien qu’est le pardon. S’il prend le pardon qu’on lui offre comme un mal, s’il conclut systématiquement que la miséricorde est un malheur, que peut-on encore faire pour lui ? Mais il y a une deuxième raison. Car, seul celui qui est capable de reconnaitre le bien pour du bien, seul celui-là peut célébrer une eucharistie : il peut, seul, dire merci d’une grande et profonde voix. C’est peut-être la raison pour laquelle, la seule chose dont le diable est incapable, c’est de célébrer l’eucharistie. J’ose croire seulement qu’en cette vie, il n’y ait personne pour être aussi diabolique à considérer le bien comme du mal. On le voit dans l’évangile, Jésus prend patience pour expliquer les choses à ses auditeurs : l’homme peut encore changer, rien n’est perdu pour Dieu.

Mais on peut retenir encore une dernière chose dans l’évangile d’aujourd’hui. Jésus explique bien que le mal ne chasse pas le mal : Belzébul n’a jamais expulsé Belzébul. Or, comme les interlocuteurs de Jésus dans l’évangile, nous sommes souvent tous persuadés que le mal chasse le mal, que la violence expulse la violence. Quelqu’un vous insulte – ça fait mal, vous lui mettez une baffe pour corriger son mal. Parce que vous êtes persuadés qu’un peu de mal, un tout petit peu, pourrait régler le problème. Eh bien, il n’en est rien, nous dit le Christ. Ce qui chasse le mal, c’est l’amour si immense du Christ qui l’emporte sur tout ; ce que, justement, ses interlocuteurs refusent de reconnaître dans l’évangile d’aujourd’hui. C’est pourquoi à sa suite, comme le dit Saint Paul aux Romains, nous sommes invités à être vainqueur du mal par le bien.